La Riposte ?!

Imagine !! Tu prends un équipage amateur, formé ensemble, financé par du financement participatif, qui se présente au départ d'une course transatlantique avec un voilier patrimonial de 1987 et un message simple : la mer est à tout le monde, l'aventure aussi, et on est là pour le prouver !

La Riposte ?!

J'ai beau être très fan de mon propre voilier, ce brave Origami, j'ai quand même une multitude d'alertes concernant des voiliers sur LeBonCoin (on s'refait pas ...). Ce sont des alertes pour rêver : des voiliers hauturiers, plus grands qu'Origami mais dans les mêmes années, celles des voiliers marins, robustes et sobres. Evidemment, je ne veille pas pour acheter, pour ça il faut de l'argent et du temps, mais pour permettre à l'imaginaire de se balader, pour voir ce qui existe, ce qui se libère, ce qui pourrait un jour porter des aventures plus ambitieuses que ce que je fais aujourd'hui.

Et voila qu'il y a une semaine, La Riposte est réapparue ! C'est un prototype basé sur un First 51, que j'avais déjà croisé sur l'eau et dont j'avais entendu parler. L'annonce avait disparu il y a quelques mois, et la revoilà. 75 000 euros. Il est basé à Sète. L'association l'ANCRE, association nautique des créateurs de rêves en a la charge pour l'instant : poétique et joyeux non ?!

Bon alors, je creuse, je me prends au jeu. Et ce que je trouve me déplie quelque chose. Ce texte, c'est pour exorciser ça. Mettre des mots sur ce que pourrait être un Riposte-Origami. Pas un dossier, pas une décision, mais un imaginaire qui a besoin de sortir.

A l'origine : des postiers autour du monde

En 1987, le chantier Bénéteau met à l'eau un voilier pas comme les autres. Un First 51 prototype, plan Germán Frers, construit en polyester sandwich nid d'abeille. Son nom : La Poste. Sa mission : emmener huit agents postiers (que des mecs, on s'refait pas ...), non navigateurs professionnels, autour du monde dans la Whitbread Round the World Race 1989-90. Premier voilier Bénéteau à participer à un tour du monde. Tout ce petit monde est emmené par un capitaine lui-même postier : Daniel Mallé.

Pas une écurie de course millionnaire. Pas des marins de carrière. Des postiers. Des gens normaux embarqués dans une aventure qui les dépasse, portés par un collectif, un sponsor public et l'envie d'aller voir. La Poste boucle son tour du monde. Un timbre commémoratif est édité. Puis le voilier continue sa route, passe de main en main, traverse les décennies.

En 2021, des ami·es le rachètent et le ramènent à Sète. Ils créent l'association ANCRE, le rebaptisent La Riposte, et embarquent du monde pour naviguer ensemble. De la voile associative, de la co-navigation, des sorties pédagogiques. Encore une fois : pas un voilier de propriétaire, mais un outil collectif. Sur sa vie en tant que La Riposte, j'ai très peu d'infos, je sais juste qu'il a fait un aller-retour transatlantique dans les dernières années. Puis le bruit court qu'il est à vendre, il apparait très brièvement sur LeBonCoin, puis disparaît rapidement. Début 2026, La Riposte est remise en vente. 75 000 euros cette fois-ci. Je tombe sur l'annonce. Je l'avais déjà vue passer, puis elle avait disparu. La revoilà.

Bon, il faut que je fouille : ça donnerait quoi un projet d'école d'aventure populaire sur La Riposte ?

Faut bien rêver non ?

Tu connais peut-être déjà Origami Aventures : une démarche en devenir, une initiative d'éducation populaire nautique qui utilise l'aventure comme pédagogie, le voilier comme laboratoire et la mer comme terrain d'enquête sur nos façons de faire collectif. Premier pas d'expérimentation : Anacoluthe, un dispositif de coopération que je teste aux Glénans dans le cadre de mon BPJEPS Voile Habitable, qui se termine en fin 2026. Pour 2027, l'enquête itinérante le long du littoral se prépare, les méthodes se testent, ce site aspire à documenter le tout en transparence radicale.

Mais il y a un horizon que je n'avais encore jamais osé formuler concrètement : l'école d'aventure.

Dans tous mes textes, c'était toujours conditionnel. "À terme, si la méthode fait ses preuves, peut-être une école d'aventure populaire et itinérante." Un rêve lointain, flou, rangé dans la case "un jour".

La Riposte change la donne. Ce voilier de 51 pieds, capable d'embarquer huit à douze personnes, conçu pour traverser des océans, avec une histoire d'aventure populaire inscrit dans sa coque, c'est exactement le socle physique qui manquait pour que "l'école d'aventure" passe du rêve à l'intention.

Et son histoire parle d'elle-même : des postiers autour du monde en 1989, une association qui embarque tout le monde à Sète en 2021, et demain, peut-être, une école d'aventure populaire. Le fil rouge est là depuis le début. Ce voilier n'a presque jamais été un "voilier de propriétaire". Il a presque toujours été un outil d'émancipation collective. Il ne demande qu'à continuer.

L'école d'aventure populaire ?

Ce que j'imagine, c'est une organisation, une association ou une SCIC, qui arme La Riposte (et peut-être un jour Origami II, parce qu'un voilier qui déplie les gens mérite de garder son nom) autour de trois registres :

APPRENDRE ENSEMBLE

Embarquer des gens qui n'ont pas accès à la mer. Des collectifs en transformation, des associations, des équipes qui ont besoin de se confronter à autre chose pour mieux coopérer. Utiliser la navigation comme les Glénans l'ont toujours pensé : un prétexte à la rencontre entre les humains. Mais avec une touche de piraterie contemporaine, une bonne dose de coopération, un brin de conscience de l'anthropocène, un horizon low-tech en plus.

Concrètement : des stages de voile et de coopération, des embarquements de quelques jours à quelques semaines, des formations à la facilitation du vivre-ensemble en milieu contraint. Sur un 51 pieds qui a fait le tour du monde, pas dans une salle de séminaire. La mer ne ment pas, les masques tombent vite, et c'est là que les vrais apprentissages commencent.

L'ambition est aussi de rendre la voile hauturière accessible à celleux qui n'y ont pas accès. La voile de croisière et de course au large reste un monde de propriétaires, souvent masculin, souvent blanc, souvent aisé. L'école d'aventure, c'est ouvrir cette porte.

EXPLORER - QUESTIONNER

Continuer l'enquête itinérante d'Origami Aventures, mais à une autre échelle. Embarquer des équipages pour aller à la rencontre d'initiatives de transformation sociale radicale le long des littoraux. Faire ensemble, faire territoire, résister : les trois dimensions d'enquête, vécues collectivement à bord et à terre.

Des expéditions de documentation, de la photographie, des récits, du journal de bord. Mais aussi des expéditions de soutien : aller prêter main forte à des initiatives qui ont besoin de bras, de compétences, de regard extérieur. Rester quelques semaines, quelques mois. L'aventure déplie les gens et les enjeux, et un équipage qui débarque dans un territoire avec de l'énergie et de la curiosité, ça change la donne.

La Riposte permet aussi l'extraction temporaire. Un 51 pieds capable de traversées, c'est la possibilité d'aller au large pour réfléchir, pour prendre du recul, pour se retrouver en équipage loin de la couverture réseau et du tumulte. Puis revenir à terre avec des idées plus claires.

RIPOSTER !!

Et puis il y a la dimension qui fait briller les yeux et qui justifie le nom de ce voilier : Aller dans les courses au large pour parler plus haut, pour aller sur le terrain des dominants.

Pas pour la performance pure. Pas pour le sponsoring. Pour aller dans ce monde de la voile compétitive, souvent à droite, souvent high-tech, souvent fortuné, et y parler low-tech, solidarité, sobriété et éducation populaire. Concourir contre les riches, de manière populaire. Prouver que la voile peut être joyeuse, accessible, engagée et compétitive en même temps.

La Riposte a le profil pour ça. Un voilier de la Whitbread, plan Frers, capable de traversées transocéaniques. Il est éligible, ou potentiellement éligible, à des courses historiques : l'Ocean Globe Race, la Route du Rhum, la Fastnet. L'éligibilité exacte reste à confirmer pour chaque course, mais le potentiel est là.

Bon et cette fois, ce ne sera pas un équipage 100% mââââles!

Imagine !! Tu prends un équipage amateur, formé ensemble sur des mois de navigation, financé par du financement participatif, qui se présente au départ d'une course transatlantique avec un voilier patrimonial de 1987 et un message simple : la mer est à tout le monde, l'aventure aussi, et on est là pour le prouver !

C'est de la piraterie contemporaine. Low-tech, non-violente, débrouillarde, joyeuse. Aller à des endroits coloniaux ou néo-coloniaux (les courses transatlantiques et la voile de propriétaire à l'anglo-saxonne en sont des héritages directs) pour générer de la discussion, pour montrer qu'un autre rapport à la mer et à la compétition est possible. Au pire, ça marche.

Bon ... après c'est pas le tout de rêver ...

Je ne vais pas te mentir. Ce n'est pas un petit programme !

Le voilier ? 75 000 euros à l'achat, en l'état. Un refit sérieux sera nécessaire pour la remettre aux normes hauturières de course au large : le gréement rod demande une inspection approfondie, le moteur VW SDI a déjà 2 500 heures, les SEPT paires de winchs sont évidemment à bichonner, les voiles sont fatiguées, ... Estimation prudente du refit : 50 000 à 100 000 euros selon l'ambition ( première remise en état ou préparation course au large ?). Tout ça reste à affiner après une visite technique sérieuse.

La structure ? une association loi 1901 ou une SCIC. Ça donne quoi, un voilier qui appartient au collectif ? C'est un contre-pied assumé à la voile de propriétaire : La Riposte est un commun, financé et gouverné collectivement.

Le financement ? Ce qui serait beau, c'est vraiment que le voilier appartienne aux sociétaires de la SCIC : du don, de la levée de parts sociales, ... Les activités d'intérêt général sont éligibles à des subventions, de plus en plus rares, mais bon .. de tte façon c'est un rêve alors on y va franchement :D Enfin, certaines activités auprès de bénéficiaires qui ont les revenus suffisants pour être aussi clients permet d'envisager des revenus d'activité "commerciaux" (stages, embarquements, formations) pour contribuer à l'autonomie et au développement. Enfin il y a des fondations, des fonds "privés" qui ont pour objet social de soutenir ce genre d'initiatives :) La Fondation Bénéteau, dont le fonds de dotation se consacre à la préservation du patrimoine naval, est une piste, par exemple. Ce First 51 prototype est le premier voilier Bénéteau à avoir fait le tour du monde : c'est un pan d'histoire du chantier. Le voilier est aussi potentiellement éligible au label Bateau d'Intérêt Patrimonial, ce qui ouvrirait d'autres portes de financement.

Ce texte est une invitation

Cette note n'est pas un "business plan", ce n'est pas un dossier de subvention. C'est une première mise en partage d'un imaginaire : Un voilier historique, populaire depuis sa naissance, est en vente à Sète. Il pourrait devenir le socle d'une école d'aventure qui forme à la coopération par la mer, qui documente des initiatives de transformation radicale, et qui va riposter joyeusement dans les courses au large.

La liberté des autres déplie la nôtre.